Né à Pondichéry, en Inde, Raghunath Manet a réinventé le bharata natyam, danse représentée traditionnellement par des femmes, en l’adaptant à la morphologie masculine. Ambassadeur de son pays et de sa culture, il n’a de cesse de promouvoir le patrimoine culturel indien, notamment à travers le Baratha Natyam. En 1988, il fondait à Pondichéry, Tala Sruti, une école de danse ouverte aux orphelins. Raghunath Manet se produit sur des plateaux internationaux (Opéra–Bastille, Shakespeare Globe de Londres, Théâtre Olympico de Rome) et compte de prestigieuses collaborations avec Michel Portal, Didier Lockwood, Carolyn Carlson ou encore Jasser Haj Youssef à Institut du monde arabe. En janvier 2015, il est promu par la Ministre de La Culture Fleur Pellerin au grade d’Officier des Arts et des Lettres.

Raghunat Manet

Avec Manu Dibango

Raghunath Manet, danseur indien de Baratha Natyam, musicien et chanteur international, aime bien se poser aux Antilles, en Caraïbe ou en Amérique. Ainsi, au cours des voyages et des rencontres, il s’est forgé une idée de la créolité et de l’indianité mêlés. Il nous livre quelques-uns de ses aperçus.

A travers tous ces voyages aux Antilles, dans la Caraïbe ou encore en Amérique du Nord ou du Sud, qu’avez-vous appris de la place qu’occupe l’Inde aujourd’hui dans la région?

L’Inde est présente partout, dans tous les regards, au creux de tous les yeux. La sensibilité de la race indienne me semble bien marquée, surtout, chez les Antillais et même chez les plus métissés d’entre eux. Chez certains, il y a encore une réticence à se reconnaître en tant qu’indien à valoriser l’apport culturel indien, mais la plupart des gens aux Antilles, par exemple, reconnaisse leur origine indienne et la revendique, même chez ceux pour qui seul l’un des deux grands-parents est originaire de l’Inde. A mon avis, pour les autres, qui souhaiteraient aussi certainement mieux connaître leurs origines, ils ne savent pas trop comment aborder la double culture.

Raghunat Manet

Avec Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Énergie (France), à l’ambassade de l’Inde en France, le 24 Septembre 2015, pour la remise de la médaille de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Considérez-vous l’apport culturel indien et la reconnaissance de cet apport comme des données primordiales pour l’avancée, la dynamisation de ces identités composites que sont les identités caribéennes et/ou américaines?

Oui, bien sûr. Et pas que dans cette région du Monde. En Inde aussi, ou partout dans le monde ou existe des traits culturels indiens. En Inde, par exemple, je m’occupe d’enfants orphelins, je leur enseigne la musique et la danse. Je commence toujours mon cours par un cours d’histoire de l’Inde : qui sommes-nous, d’où venons-nous? Ces questions sont toujours fondamentales pour se positionner dans son environnement. Et le seul fait de leur parler de leur histoire, de nos mœurs, de leurs identités culturelles, etc, leur enlève toute une part de l’angoisse existentielle qu’ils ressentaient et ils se sentent immédiatement plus libres face au monde qui les entoure. Toutes personnes d’origine indienne a un besoin vital de connaître son histoire, l’histoire de l’Inde, surtout si elle se sent comme l’un de ces orphelins. C’est ainsi qu’ils pourront mieux s’intégrer encore dans leur nouveau pays, leur nouvelle culture.

Quelle place occupe, selon vous, le patrimoine indien dans le maelstrom culturel, en Martinique, en particulier?

On voit de tout en Martinique. Certaines personnes indo-descendantes, abordent l’Inde par la culture, à travers la divination des dieux, l’histoire de l’émigration… Il y a parfois de vraies recherches, des questionnements très aboutis, mais, d’un autre côté, il y a aussi un peu du n’importe quoi ou de simples imitations, sans vraiment de profondeur. Il reste beaucoup de choses à développer de ce côté-là.

Considérez-vous l’Indianité comme partie inhérente de la créolité?

Oui, je crois qu’on peut dire ça. Et, il faut absolument intégrer l’indianité, quand ce n’est pas déjà fait, afin que la créolité soit véritablement multiculturelle et, ainsi, véritablement bénéfique pour toutes ses composantes. Il faut construire une société créole du mieux vivre ensemble et non pas une société créole saucissonnée, où chacun vit dans son groupe à part. C’est mon point de vue : la différence et la diversité constituent une richesse de l’humanité et aussi de la créolité.

Raghunat Manet

Avec le Dr Balamurali Krishna, grand maître de musique carnatique

Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, cette indianité dans la créolité?

Le plus remarquables, ce sont toutes ces personnes qui tiennent, elle-même, à marquer leur origine, soit en portant des habits indiens ou en pratiquant la culture indienne (danse et musique), les cérémonies indiennes, etc. Les signes extérieurs caractéristiques de l’indianité sont très vite remarquables. Mais, il faut savoir que l’Inde est très vaste et aussi multiculturelle… Il ne sert donc à rien d’imiter, il vaut mieux créer à partir du patrimoine indien commun.

Pensez-vous qu’il existe un lien universel, justement, entre les différentes communautés indiennes du monde, notamment celles issues de la colonisation européenne?

Les Indiens comme tant d’autres peuples, après deux ou trois générations de présence dans un pays extérieur à leur pays d’origine, ont besoin de rechercher, de retrouver leur origine. Et je reviens encore à mon histoire d’orphelins. Tant que l’on ne sait pas d’où l’on vient, on ne peut se placer dans le monde. Ce lien, c’est l’histoire de l’Inde.